Torii Japan, jusqu'ici, c'était plutôt le regard — les quartiers, les saisons, les curiosités. Mais vivre ici, ce n'est pas que ça : c'est aussi une bonne dose de paperasse, de patience, et de petites victoires administratives qu'on n'imaginait pas fêter un jour. Voici la première d'une série qui racontera ce côté-là du Japon — moins photogénique, tout aussi vrai.

Toute personne venant s'installer au Japon de façon plus ou moins définitive se posera tôt ou tard la question du permis de conduire. C'est vrai que la vie à Tokyo se passe aisément sans voiture, avec un réseau de transports en commun aussi dense qu'efficace — mais dès qu'on sort des sentiers battus, pouvoir louer une voiture devient un vrai confort.

Bon à savoir

Pour ceux qui n'ont besoin d'une voiture que ponctuellement, le réseau de car-sharing type Times permet une location à l'heure, sans les tracas de la location classique — pas de plein d'essence à refaire, pas d'agence mal placée à l'autre bout de la ville, pas de forfait à la journée imposé. Un vrai bon plan pour sortir des sentiers battus sans s'encombrer d'une voiture à demeure.

Bref, pour toute personne envisageant de rester au Japon plusieurs mois ou années, la question de la traduction du permis, puis de son obtention auprès des autorités, peut s'avérer un joyeux parcours du combattant — même pour quelqu'un possédant les rudiments du japonais.

La traduction initiale est en général relativement simple : elle se fait sur simple demande auprès de la JAF (Japan Automobile Federation), ou de son ambassade selon les pays — pour les Français et la plupart des pays ayant un accord de réciprocité avec le Japon. Pour les autres, c'est une tout autre paire de manches.

Un poste de police japonais (koban)
Un poste de police japonais (koban), Osaka.

Mais attention : cette traduction seule reste insuffisante pour un séjour long, et il est conseillé de passer assez vite au vrai permis japonais — celui-ci s'obtient auprès du centre de permis (menkyo center) de sa préfecture. Bonne nouvelle pour les Français et ressortissants des pays à accord réciproque : cette première conversion (le fameux gaimen kirikae) est en fait plutôt simple — pas d'examen écrit, pas d'épreuve de conduite. Il faut simplement prévoir plusieurs heures pour le contrôle du dossier, le test de la vue, et la queue — la vraie difficulté, c'est surtout la patience et les papiers. Si un seul document manque, on peut être contraint de revenir un autre jour, ce qui risque de sérieusement tester votre amour pour le Japon.

Le jour où vous obtiendrez le fameux permis, ce sera la version verte.

Le saviez-vous ?

Même à cette étape, un dernier détail attend les nouveaux détenteurs d'un permis japonais, quel que soit leur âge : l'obligation d'apposer sur leur voiture, pendant un an complet, l'autocollant wakaba (ou shoshinsha) — cette petite feuille verte et jaune introduite en 1972, qui prévient les autres conducteurs qu'ils ont affaire à un débutant. À l'autre bout du spectre existe même son équivalent pour les conducteurs âgés, le kareha mark (littéralement « feuille flétrie ») — obligatoire à partir de 75 ans.

Les choses ne s'arrêtent pas là, ce serait trop simple. Au moment du renouvellement, il vous faudra repasser un certain nombre de vérifications, repayer un timbre, et surtout écouter deux heures — en japonais, s'il vous plaît — de code de la route. Ce sont probablement les deux heures les plus longues de votre vie au Japon, à égalité peut-être avec celles passées dans les files d'attente des hôpitaux publics un jour de semaine (une expérience que je ne vous souhaite évidemment pas). Vous obtiendrez ainsi le permis bleu.

Si votre séjour se prolonge encore et que vous renouvelez à nouveau — à condition de n'avoir eu aucun incident grave ni amende vous faisant perdre des points sur les 5 dernières années — vous aurez droit à une nouvelle séance de code, un peu plus courte cette fois (une petite heure, au cas où vous n'en auriez pas eu assez la première fois), et vous obtiendrez le fameux permis or. Celui-ci a plusieurs avantages : il se renouvelle plus simplement, directement auprès d'un commissariat (fini les excitants passages au menkyo center et ses heures de code), et surtout il fait baisser le prix de l'assurance.

Pour y voir plus clair, voici le parcours complet en un coup d'œil :

ÉtapePermis obtenuValiditéDurée du cours
Conversion initiale (gaimen kirikae)Vert3 ansAucun — dossier + test de vue
1er renouvellementBleu3 ans2h de code
2e renouvellement, casier viergeOr5 ans1h de code
Renouvellements suivantsOr5 ans30min, au commissariat

Ce dernier passage pour l'obtenir demandera tout de même une ultime visite d'environ 4h (j'avais pris l'habitude de poser une demi-journée de congé à chaque fois), et il faudra penser à vérifier les horaires d'ouverture — ceux-ci sont liés au type de permis, et se présenter au mauvais horaire peut vous valoir un refus de renouvellement.

Je passe sur les anecdotes de perte de points, qui vous obligent à passer un stage — une demi-journée à regarder une vidéo qui achèvera probablement de vous faire détester le code de la route (mais vous encouragera, au moins, à ne plus l'enfreindre pour vous éviter une nouvelle séance de torture).

Et un petit bonus auquel beaucoup de résidents, comme moi, se sont fait avoir : le renouvellement de la carte or. Normalement, il se fait suite à la réception par la poste d'un papier qui prévient de l'expiration prochaine, en général un mois avant la date. Ça paraît simple, non ? Sauf quand on ne reçoit jamais le papier, qu'on le laisse de côté (qui a vraiment envie de lire une lettre administrative japonaise ?), ou qu'on est en visite dans sa famille à ce moment-là. Le hic, c'est que rater ce renouvellement expose à la perte pure et simple du permis, et à l'obligation de tout reprendre depuis le début — en vert. Dans certains cas, il faut même repasser le permis en entier, et vous regretterez alors amèrement les deux petites heures de code que vous trouviez pénibles.

Dans mon cas, je m'en suis rendu compte grâce à une tentative ratée de location de voiture, qui m'a gentiment fait remarquer que mon permis, étant expiré, ne me permettait plus de louer quoi que ce soit. J'y suis allé avant les 6 mois d'expiration — le délai de grâce au-delà duquel les choses se compliquent sérieusement — et je suis tombé sur une personne compréhensive, qui a dû avoir pitié de mon air absolument pathétique à l'idée de devoir tout reprendre depuis le début.

Et le shaken, dans tout ça ?

Un ami, lui, s'en est rendu compte après les 6 mois — et qui avait eu la bonne idée de laisser en plus expirer son shaken (le contrôle technique obligatoire, redoutable en coût et en tracas) — n'a eu que ses yeux pour pleurer. Un sujet suffisamment riche pour mériter son propre article, un jour.

Ceci dit, il existe aussi des solutions de repli pour ceux qui ne sont pas encore prêts à s'y frotter. Le covoiturage, via des plateformes comme Noritomo — pratique, sans les 2h de code en prime. Ou l'autostop, plus aléatoire, mais pas dénué de charme.

Pour les autres, armez-vous de patience et suivez ces quelques règles, qui j'espère vous simplifieront la vie — et vous donneront peut-être quelques fous rires et histoires à raconter à vos amis.

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Série — Survivre au Japon
Survivre au Japon, un article à la fois
Les vraies démarches, galères et bons plans pour vivre ou voyager au Japon — racontés comme on les vit, pas comme un mode d'emploi. Série ouverte, sans nombre de parties fixé — de nouveaux articles ajoutés au fil du temps.
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