Je suis arrivé au Japon pour la première fois en 2004, lors d'un séjour de trois mois pour découvrir le pays, apprendre la langue, et travailler dans un complexe hôtelier — mais ça, c'est une autre histoire. C'était mon premier séjour au Japon, cinq ans avant de m'y installer.
Mes premiers pas au Japon, après avoir quitté l'aéroport, furent à Omotesando — le croisement où se trouvait mon école de langue. Le bâtiment a disparu aujourd'hui, mais il était juste à côté de Condomania, en face de l'actuel Tokyu Plaza. Ça paraît presque fou de se dire que mes premiers cours au Japon se sont déroulés en plein cœur de Tokyo, et que je m'y promenais aussi naturellement que si c'était normal — pour ensuite aller manger un sandwich croquette-soba de combini, assis sur les marches d'un escalier de Takeshita Dori, à regarder les gens passer ou à fumer une cigarette. Une scène aujourd'hui impensable.
Les distributeurs d'un autre temps
Il faut imaginer qu'à cette époque, pas si reculée, on trouvait des distributeurs de cigarettes et de bière à peu près à tous les coins de rue — sans qu'aucune carte d'identité ne soit nécessaire pour en acheter. Ça reste difficile à croire aujourd'hui : à l'époque, un paquet de cigarettes coûtait environ 300 yens au Japon — moins de 2 euros — quand il fallait déjà débourser 5 à 6 euros en France. La loi a changé quelques années plus tard, et ces distributeurs eux-mêmes se sont peu à peu raréfiés, jusqu'à l'interdiction de fumer dans la rue.
À partir de 2008, une carte spéciale — la Taspo — est devenue obligatoire pour acheter des cigarettes en distributeur au Japon. Vingt ans après mon premier été ici, la boucle s'est bouclée d'une drôle de façon : le système Taspo s'est définitivement arrêté le 31 mars 2026, cette année même, son fonctionnement reposant sur un réseau mobile que l'opérateur Docomo a fermé. Les rares distributeurs encore debout ne lisent plus désormais que le permis de conduire japonais ou la carte My Number — plus aucune carte étrangère, plus aucune carte tout court pour un visiteur de passage.
Takeshita Dori, gothic lolita et gyaru
Pour revenir à Takeshita Dori — bien qu'elle soit toujours fortement fréquentée par les plus jeunes — cet été 2004 reste vivide dans mon esprit. Ses magasins de mode gothic lolita et gyaru, ses boutiques d'idoles, de maquillage et d'accessoires, et bien sûr ses fameuses crêpes.
Gyaru vient de l'anglais gal — un style né dans les années 90 en rébellion contre les codes de beauté traditionnels japonais, cheveux décolorés et maquillage démonstratif à l'appui. Lolita, malgré le nom, n'a rien à voir avec Nabokov : c'est une esthétique inspirée de la mode victorienne, dentelles et silhouettes de poupée, dont gothic lolita et sweet lolita sont les deux déclinaisons les plus connues.
Mais c'est toujours avec une certaine nostalgie que je remarche dans ces rues, repensant à la première fois où j'ai mis les pieds dans ce qu'on appelait communément les Champs-Élysées de Tokyo. Aujourd'hui prise d'assaut par des hordes de touristes, il est parfois difficile de s'imaginer une époque, pas si lointaine, où les touristes étaient minoritaires dans cette rue — où la fréquentation était surtout faite de jeunes en uniforme et d'autres rebelles à leur manière.
Ce qui a disparu, ce qui a changé
Avant la gentrification des lieux, avant la disparition de ce fameux Condomania. On accédait à la gare de Shibuya par un pont enjambant Omotesando, disparu depuis. Et la gare d'Harajuku elle-même — un bâtiment en bois datant de 1924, le plus ancien de Tokyo — avait cette allure qui semblait tout droit sortie d'un autre temps. Remplacée en 2020 par un bâtiment neuf, pour répondre à une fréquentation grandissante — jeunesse japonaise et touristes confondus.
De l'autre côté du croisement, l'actuel Tokyu Plaza, avec son entrée en kaléidoscope de miroirs, a ouvert en 2012. Le décor change, mais le rôle du lieu — vitrine du Tokyo qui se réinvente — reste étonnamment le même.
« Le décor change, mais le rôle du lieu — vitrine du Tokyo qui se réinvente — reste étonnamment le même. »
Où retrouver l'ancien Harajuku
Takeshita Dori garde tout son charme mythique — ça reste un passage obligé mais pour retrouver un peu l'équivalent de son charme d'antan il faut chercher un peu plus loin :
- Prenez Cat Street, la ruelle qui serpente derrière Omotesando vers Shibuya — moins large, moins de foule, plus de boutiques tenues par une seule personne
- Ura-Harajuku, le réseau de petites rues entre Cat Street et Omotesando, garde encore ce mélange qui faisait l'esprit du quartier à l'époque — mode, seconde main, créateurs indépendants
- RAGTAG Harajuku, sur Cat Street, reste la référence pour la seconde main haut de gamme
- Chicago Jinguumae, boutique vintage mythique du quartier, fidèle à elle-même depuis des décennies
- Vintage.Qoo Tokyo, pour les amateurs de pièces d'archive et de luxe vintage
- Le matin en semaine reste le meilleur moment pour s'y promener — la lumière est différente, les rues aussi
L'accès au parc derrière la gare de Meiji-jingumae, lui, n'a pas changé — pas plus que Yoyogi Koen, l'un des trois grands parcs de Tokyo aux côtés de Shinjuku Gyoen. Contrairement à Harajuku, un quartier comme Ueno a gardé quelque chose de cette allure d'un autre temps — mais c'est une autre histoire, pour un prochain article.
Quatre itinéraires bilingues (FR/EN) à pied, construits autour de Slam Dunk, Hikaru no Go, Your Name & Persona 5 — cartes, durées et budgets inclus.
- Harajuku : ce qui a changé en 20 ansNouveau