C'est la question qui revient presque à chaque fois qu'un ami m'annonce vouloir venir au Japon : est-ce que c'est risqué, avec les séismes, les typhons, tout ça ? La réponse honnête est oui — et non, pas vraiment. Laissez-moi vous expliquer.
Le seul vrai danger
Il y a une réplique de Bilbon à Frodon, tout au début de La Communauté de l'Anneau, qui me revient souvent en tête. Le parallèle m'a toujours semblé étrangement juste. C'est un peu sans savoir ce qui m'attendait que j'ai posé le pied au Japon pour la première fois — et je n'en suis jamais reparti.
« It's a dangerous business, Frodo, going out of your door. » — Bilbon, La Communauté de l'Anneau
(« C'est une affaire dangereuse, Frodon, que de sortir de sa porte », en substance)
Alors oui, il existe un risque réel à visiter ce pays. Mais ce n'est probablement pas celui auquel vous pensez.
Le vrai visage du risque
Le Japon repose sur l'un des archipels les plus instables du monde sur le plan géologique. Séismes, typhons, éruptions volcaniques : le risque zéro n'existe pas. Le séisme qui a frappé la préfecture de Kumamoto en juillet dernier, comme la catastrophe de 2011 dans la région du Tōhoku avant lui, nous rappellent — avec une gravité qu'aucune anecdote ne devrait minimiser — que ces événements ont un coût humain bien réel, et mes pensées vont à toutes celles et ceux qui en gèrent encore les conséquences.
Les Japonais eux-mêmes vivent avec cette conscience du risque au quotidien — parfois à quelques dizaines de kilomètres d'un volcan encore actif. Et pourtant, ce qui frappe le plus quand on arpente les rues de Tokyo, c'est un sentiment de sécurité presque déroutant pour qui vient d'ailleurs.
En mars 2011, dans les jours qui ont suivi Fukushima, j'aurais sans doute tenu un discours un peu moins serein — mais c'est un autre sujet.
Une sécurité qui se ressent au quotidien
Le Japon reste l'un des pays les plus sûrs au monde en matière de criminalité — plusieurs facteurs bien réels y contribuent (contrôle strict des armes, taux de condamnation élevé, maillage serré des kōban de quartier), mais ma propre théorie penche toujours du côté culturel : l'harmonie, le Wa — un concept, pas une onomatopée — qui pèserait plus lourd ici que l'application stricte des règles.
Concrètement, cela veut dire que vous pouvez laisser votre sac ou votre téléphone sur une table de café sans vous inquiéter de le retrouver à votre retour. Ce genre de détail change profondément la façon dont on habite une ville.
Un tout autre genre de risque : rabatteurs et arnaques à Kabukichō
S'il y a une chose qui mérite réellement votre vigilance, ce n'est pas un typhon ni une secousse — c'est un inconnu dans la rue qui vous propose un verre gratuit.
Dans mes premières années ici, encore assez naïf pour croire que toute personne rencontrée au Japon était forcément la plus charmante et la plus honnête de la terre, je me suis parfois fait aborder par des rabatteurs (kyakuhiki) qui proposent un verre offert ou une réservation facile pour un groupe dans « leur » izakaya. Ça a l'air pratique. Ça l'est rarement autant qu'annoncé : certains de ces établissements pratiquent des tables chargées (l'otoshi, une pratique légale mais rarement expliquée clairement à l'avance) ou des menus bien au-dessus des tarifs du marché.
Comme je l'évoquais dans un précédent essai sur la façon dont le Japon peut vous faire oublier ce que veut dire l'argent, on a vite tendance à relativiser le coût des sorties ici. Je suis moi-même reparti d'une de ces soirées avec une addition bien plus salée que prévu.
C'est une tout autre histoire du côté des recoins plus edgy de Kabukichō (un article est à venir sur le sujet), où suivre le mauvais rabatteur peut coûter très cher — et pas seulement aux touristes. Les additions à plusieurs centaines, voire plusieurs milliers d'euros, ne sont malheureusement pas rares, et le cadre légal qui encadre ces pratiques reste souvent flou.
Les quelques règles à garder en tête
Le risque zéro n'existe pas — ni pour un séisme au dernier étage d'un immeuble, ni pour un typhon en pleine saison. Mais en suivant quelques règles simples, vous mettez toutes les chances de votre côté :
- Ne faites pas l'ascension du mont Fuji hors saison — l'accès y est fermé le reste de l'année, et pour de bonnes raisons.
- Évitez de vous baigner sur certaines plages fin août et début septembre : c'est la pleine saison des méduses sur une partie du littoral.
- Respectez les règles de savoir-vivre de base : pas de traversée au feu rouge, pas d'appel téléphonique ni de repas dans le train.
- Méfiez-vous des rabatteurs qui proposent un verre gratuit ou une réservation « facile », surtout dans les quartiers de sortie nocturne.
- Suivez les consignes officielles en cas d'alerte séisme ou typhon — elles existent, elles sont prises au sérieux, et elles fonctionnent.
Police : 110 · Ambulance / Pompiers : 119
Safety tips — l'application officielle multilingue d'alertes catastrophe de l'Agence du tourisme japonaise (séisme, tsunami, typhon, alertes météo).
Japan Travel — Guide des urgences — la page officielle du JNTO avec numéros utiles, conseils consulaires et conduite à tenir en cas de catastrophe.
Avec ces quelques repères en tête, il y a peu de chances que votre voyage tourne mal. Le seul vrai risque, au fond, c'est peut-être de ne plus vouloir repartir.