L'été 2026 touche à sa fin. Aujourd'hui, la pluie tombe drue sur tout le Kanto, comme pour nous prévenir que la fête est finie et qu'il est temps de se préparer à l'arrivée de l'automne — probablement ma saison préférée au Japon, mais c'est une autre histoire. L'été reste pour moi une saison à part, liée à mes toutes premières expériences du Japon.
Climatisation à outrance
L'humidité, les cigales (semi, セミ), les lucioles, mais surtout les matsuri, les feux d'artifice, les yukatas, les barbecues sur les toits. Bref, tout ce qu'on aime. Leur chant assourdissant dans les arbres est presque devenu la bande-son de juillet et août ici — on le retrouve d'ailleurs sans cesse en fond sonore dans les films, anime et mangas japonais. Et la chaleur aussi, celle qui ne vous lâche pas et vous oblige à rester enfermé une bonne partie de la journée — climatisation à fond, 24h/24, 7j/7. Je n'ai pas éteint celle du salon depuis mi-juin. Pas très écolo, j'en conviens, mais entre ça et suer à grosses gouttes, le choix est vite fait.
En arrivant au Japon, j'avais été vite frappé par le fait que tout était climatisé — les appartements, les voitures évidemment, les trains, les cinémas (où il faut parfois prévoir une petite laine), et les grands magasins qui pulsent de l'air froid dans la rue dès que leurs portes grandes ouvertes vous invitent à vous y engouffrer pour échapper à la canicule ambiante. Ce chaud-froid permanent m'avait semblé assez étrange au début. On s'y habitue vite : le premier geste en rentrant chez soi — ou dans ma chambre de host family à l'époque — c'était d'allumer la clim et de filer sous la douche pour trouver un peu de fraîcheur immédiate.
Nuits de matsuri
Cela dit, quel plaisir de sortir le soir dans la chaleur lourde pour rejoindre un festival, goûter aux spécialités locales — okonomiyaki, yakisoba, brochettes de viande — dans cette succession de stands qui se ressemblent tous un peu, mais qu'on ne se lasse jamais de retrouver. De sentir cette ambiance familiale et joyeuse, et de se laisser imprégner par cette étrange nostalgie, difficile à décrire pour qui ne l'a pas vécue. On ne comprend pas vraiment le Japon si on n'a jamais connu ce froufrou de yukata, ces odeurs de viande grillée, et cette chaleur qui vous fait apprécier la moindre boisson achetée dans un bac plein de glaçons, ou au 7-Eleven du coin.
« On ne comprend pas vraiment le Japon si on n'a jamais connu ce froufrou de yukata, ces odeurs de viande grillée, et cette chaleur qui vous fait apprécier la moindre boisson achetée dans un bac plein de glaçons. »
Un été plein de feux d'artifice
À la différence de la France, où le feu d'artifice se concentre sur une seule date (le 14 juillet, ou la veille), le Japon en voit tout l'été — et ils sont classés par puissance et par durée. Certains en font presque une discipline : on achète son billet pour les meilleures places, on prévoit nourriture et boissons (souvent alcoolisées), et on s'installe pour 1h30, parfois plus, de spectacle.
Ce sont peut-être les Chinois qui ont inventé la poudre, mais les Japonais en ont fait un art à part entière. Au festival de Katakai, dans la préfecture de Niigata, on tire chaque année le yonshakudama — un obus de 1,2 mètre de diamètre, plusieurs centaines de kilos, record du monde Guinness du plus gros feu d'artifice, avec une explosion visible sur 800 mètres de large. Et comme souvent lors des hanabi, chaque tir est précédé de l'annonce du nom de l'entreprise ou de la ville qui l'a sponsorisé — une tradition si scrupuleusement respectée qu'elle peut à elle seule allonger le spectacle de plusieurs dizaines de minutes.
L'été occupe malgré tout une place à part dans l'imaginaire japonais — celle des vacances studieuses, puisque l'année scolaire est encore à mi-parcours.
C'est peut-être aussi pour cela que cette saison occupe une telle place dans l'animation japonaise. Les cigales, les chemins écrasés de soleil, la végétation presque trop verte, et cette impression que les journées d'enfance ne finiront jamais reviennent sans cesse à l'écran. Mon voisin Totoro en est probablement l'une des images les plus évidentes — en tout cas pour moi, difficile de ne pas y penser dès que la chaleur s'installe. Dans le film, évidemment, personne ne passe son temps à chercher désespérément le prochain konbini climatisé. L'été fantasmé de Totoro a la légèreté de l'enfance ; celui que je vis, lui, a surtout le mérite d'être vrai — moite, bruyant, et beaucoup moins reposant.
Cet été d'enfance, dans Totoro, semble joyeux et presque éternel. Mais l'été japonais a aussi un autre visage, celui de la mémoire et du retour des absents — c'est là qu'entre en scène Obon.
Obon (お盆) se déroule généralement autour de la mi-août, même si les dates et les traditions varient selon les régions — certaines célèbrent la fête dès la mi-juillet. Selon la tradition, c'est le moment de l'année où les esprits des ancêtres reviennent temporairement rendre visite à leur famille. Beaucoup de Japonais en profitent pour retourner dans leur région ou leur ville natale, souvent au prix d'un des plus gros pics de circulation de l'année, sur les routes comme dans les trains. Les familles se réunissent, se rendent parfois sur les tombes pour les nettoyer et y déposer des offrandes — et c'est aussi à cette période que se tiennent les bon-odori, ces danses populaires organisées un peu partout, sur des places de village ou des parkings de quartier, au son des tambours taiko.
Ce qui me frappe, avec Obon, c'est surtout ce contraste : au même moment où l'on croise des enfants en yukata devant des stands de yakisoba, la tradition veut aussi que les morts de la famille reviennent, l'espace de quelques jours, s'asseoir à la même table. Cette présence discrète des absents donne à l'été japonais une couleur un peu différente — à la fois joyeuse, familiale, et étrangement nostalgique.
Alors si la chaleur ne vous fait pas trop peur, je ne peux que vous encourager à découvrir le Japon en été — une saison qui a une bien moins bonne réputation qu'elle ne le mérite.
Quelques repères pratiques
- Le Sumidagawa Hanabi Taikai (Tokyo, Asakusa) est un classique incontournable — environ 20 000 feux tirés depuis deux points le long de la rivière. Toujours le dernier samedi de juillet ; en 2027, cela tombe a priori le 31 juillet, mais la date officielle n'est confirmée qu'en avril par les organisateurs.
- Pour un spectacle d'un tout autre calibre, le festival de Katakai (Niigata) et son yonshakudama valent le déplacement si vous êtes dans la région à la bonne période — mais places à réserver largement à l'avance.
- Les grands hanabi « Big Three » (Nagaoka, Omagari, Tsuchiura) n'ont pas encore de date fixée pour 2027 au moment où j'écris ces lignes — à surveiller à partir du printemps prochain si vous planifiez déjà votre voyage.
- Les hanabi restent tributaires de la météo — un simple crachin ne change généralement rien au programme, mais un gros orage peut entraîner un report (rarement une annulation pure et simple). Beaucoup de festivals prévoient d'ailleurs une date de repli le lendemain ou le week-end suivant — à vérifier sur le site officiel de l'événement le jour même en cas de doute.
- Pour les amateurs de musique, l'été japonais a aussi ses grands rendez-vous — Fuji Rock et Summer Sonic, deux références du genre au Japon.
Bien s'équiper pour l'été
Nous avons préparé une sélection utile si vous voulez être aussi prêt que possible pour affronter la chaleur humide japonaise et vous habiller pour un hanabi ou un matsuri.
Quatre itinéraires bilingues (FR/EN) à pied, construits autour de Slam Dunk, Hikaru no Go, Your Name & Persona 5 — cartes, durées et budgets inclus.
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