En France, l'automne a longtemps été, pour moi, la saison qu'on redoute — celle de la rentrée, du ciel qui se referme dès seize heures, de cette grisaille nordiste qui s'installe pour ne plus vraiment repartir jusqu'au printemps. Au Japon, c'est tout l'inverse, et je crois que je ne m'en suis vraiment rendu compte que ces dernières années : l'automne y est la saison où tout, enfin, s'apaise.

Un automne aux allures d'été

Après l'humidité écrasante de juillet-août, la chute des températures est progressive, presque généreuse : il n'est pas rare de se balader en t-shirt fin octobre, voire début novembre, avec des maximales qui tournent encore autour de 20-25°C. On ressort, on marche, on redécouvre l'envie de passer du temps dehors sans calculer le trajet le plus court entre deux endroits climatisés. La climatisation, elle, s'éteint peu à peu — pas d'un coup, mais comme un signal qu'on peut enfin respirer.

La nature japonaise, en automne, est probablement l'une des plus belles au monde — juste derrière le Canada, si je devais me risquer à comparer. Le koyo (紅葉), la coloration des érables et des ginkgos, attire chaque année des randonneurs venus du monde entier : le Japon est devenu, au fil des décennies, une destination reconnue pour la randonnée, le trek et même le camping en pleine saison des couleurs — à un niveau qui n'a, je crois, pas grand-chose à envier aux grands classiques nord-américains.

Il faut nuancer, cette année en particulier : la fin de l'été 2026 a été difficile, avec des pluies quasi ininterrompues sur une bonne partie du pays, des inondations locales, et ce rappel un peu brutal que le Japon reste un pays vulnérable aux crues. L'apaisement de l'automne s'est fait attendre plus longtemps que d'habitude.

Les cigales (semi, セミ), qui ont fait la bande-son de l'été pendant deux mois, se taisent peu à peu — signe, autant que la baisse des températures, que la saison a changé.

Pour moi, difficile de ne pas penser à Mon voisin Totoro à ce moment précis de l'année : c'est sans doute l'image la plus évidente de cette bascule entre l'été qui s'achève et l'automne qui s'installe dans l'animation japonaise. Le film ne se déroule pas exactement en automne, mais cette lumière particulière, ces champs de céréales, cette nature généreuse et presque trop verte qui commence à peine à jaunir : j'y repense chaque année à cette période. Ce n'est jamais présenté comme une évidence dans le film lui-même, bien sûr — c'est une association purement personnelle, celle d'un spectateur qui a fini par confondre un peu sa propre expérience du Japon avec certains rythmes lumineux de Miyazaki. La réalité, de mon côté, est nettement moins poétique : pas de chat-bus, pas d'esprit de la forêt, mais un konbini climatisé au coin de la rue, où je me réfugie encore par réflexe alors que la chaleur, déjà, commence à retomber.

Cette même nostalgie diffuse, je la retrouve d'ailleurs un peu plus tôt dans le calendrier, du côté d'Obon — la période qui referme vraiment l'été japonais avant que l'automne ne prenne le relais.

Obon : quand les morts rentrent à la maison

Obon (お盆) se déroule généralement autour de la mi-août, même si les dates et les usages varient selon les régions — certains lieux la célèbrent dès la mi-juillet. Selon la tradition, c'est la période de l'année où les esprits des ancêtres reviennent temporairement visiter leur famille. Beaucoup de Japonais profitent de l'occasion pour retourner dans leur région ou leur ville natale, souvent en pleine période de forte congestion sur les routes et dans les trains. Les familles se retrouvent, se rendent parfois sur les tombes pour les nettoyer et y déposer des offrandes. C'est aussi à cette période que se tiennent les bon-odori, ces danses populaires organisées un peu partout dans le pays, sur des places de village ou des parkings de quartier, au son des tambours taiko. La rigueur avec laquelle ces coutumes sont suivies varie beaucoup d'une famille à l'autre — certains observent Obon avec beaucoup d'attention, d'autres n'en gardent qu'un souvenir d'enfance ou une simple visite au cimetière familial.

Ce qui me frappe, avec Obon, c'est surtout ce contraste : au même moment où l'on croise des enfants en yukata devant des stands de yakisoba, la tradition veut aussi que les morts de la famille reviennent, l'espace de quelques jours, s'asseoir à la même table. Cette présence discrète des absents donne à l'été japonais une couleur un peu différente — à la fois joyeuse, familiale, et étrangement nostalgique.

Le zen de l'automne

De cette mémoire tranquille héritée de l'été, l'automne tire une forme de contemplation qui lui est propre. Il y a quelque chose de particulièrement japonais dans cette façon de contempler l'automne — les grands temples zen de Kyoto, comme Tofuku-ji, sont d'ailleurs réputés pour ça : le contraste entre le gravier ratissé d'un jardin sec et l'explosion rouge et orange des érables au-dessus donne à la saison une dimension presque méditative. On y va moins pour voir que pour s'arrêter.

« On y va moins pour voir que pour s'arrêter. »

Feux d'artifice, Shichi-Go-San et gourmandises d'automne

Contrairement à une idée reçue, l'automne japonais n'est pas totalement dépourvu de feux d'artifice. Le festival de Tsuchiura, dans la préfecture d'Ibaraki, organise depuis 1925 l'une des compétitions de hanabi les plus prestigieuses du pays, chaque année en pleine saison automnale. Certains grands rendez-vous estivaux ont même migré vers cette période plus clémente : le hanabi du Yodogawa, à Osaka, a récemment déplacé sa date vers le mois d'octobre.

L'automne, c'est aussi la saison du Shichi-Go-San (七五三), littéralement « sept-cinq-trois » — une célébration marquant, pour les enfants de ces âges, une étape importante. À la mi-novembre, les familles se rendent dans les grands sanctuaires shinto, habillent leurs enfants en kimono, et enchaînent les séances photo. Si le sujet vous intéresse, notre photographe partenaire capture régulièrement ce genre de scènes au fil des saisons.

Des enfants en kimono lors du festival Shichi-Go-San
Des enfants en kimono lors de Shichi-Go-San. Photo : AshleyBrownPix, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Côté gourmandise, l'automne a ses propres incontournables : les dango grillés au feu de bois, vendus au bord des sentiers de randonnée, et le kaki, cette plaquemine orange qu'on voit sécher, accrochée sous les toits, dans les campagnes. Et puis il y a l'Oktoberfest — un festival importé d'Allemagne, mais largement adopté par le Japon, qui en multiplie les éditions dans les grandes villes tout au long du mois d'octobre.

Halloween, version XXL

Halloween a pris, ces dernières années, une ampleur assez considérable au Japon — au point que les autorités ont dû imposer des restrictions à Shibuya Crossing, l'un des points de rassemblement les plus emblématiques du pays pour l'occasion. Depuis octobre 2024, il y est interdit de consommer de l'alcool dans la rue, et les mesures se renforcent chaque année. Les autorités citent d'ailleurs régulièrement le drame d'Itaewon à Séoul en 2022 pour justifier ces mesures préventives.

Passé ce pic d'agitation, l'automne japonais retrouve vite son calme : les onsens redeviennent des refuges naturels avec la fraîcheur qui s'installe, les vestes légères remplacent les t-shirts, et la nature, doucement, se prépare pour l'hiver.

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